dimanche 4 novembre 2018

la brume et le brasier




Des brumes. 
Non pas une. 
Dans une obscurité si dense qu'on n'a jamais connu de nuit. Si voyante. Comme si le lieu prononçait le premier ou dernier son. Qu'on naissait presque chemin, qu'on y sente le sol humide, les troncs trempés, les flaques jointes, la buée, la buée, même si la main frotte afin d'être plus lucide, au réel.
Des brumes sourdes. 
Non pas une.
Est-ce elles qui avancent ?
L'on devient transparent, de vapeurs froides. 
On prend visage de nuage avec toute la blancheur des abandons, avec la légèreté des sans forme.
On se sait sans consistance, à ne plus répondre, une fois la seule nuit repliée. 
Vivant à mi hauteur. 
Muni de lumière à l'intérieur. 
Tout regard à l'éclair.

la buée

mercredi 3 octobre 2018

D'un mercredi plein ou pleine de questions inutiles


                 Après ce monde quel monde ?
                 Après l’expérience quelle expérience ?
                 Après l’instant quels multiples ?

Une voix cardiaque

                Après le souffle quel mouvement ?
                Vague, verticale, balle ?
                Suite au chemin, un autre chemin ?
Suite

                A la vie pleine, une vision nue ?
                Dans l’existence, une autre existence ?
Autre
                Passée la joie, les dramatiques, les
                Yeux en l’oeil

                Chacun
                Dans la manifestation
                Se tient
                Par l’ouverture
                D’un ici corps

                Après le corps, l’illimité ?

                Frontalement
                Le délogement d’aimé
                N’est plus le manque
                Subtilement
                L’absence
                Se mue
Au cœur

               Côtes et veines
               Suite à l'irriguant
               Qu’est ce que saisir ?

Silence    Saveur
Soupire   Source

              Une façon de traverser ?
              Parmi toutes

              Au monde après ce monde ?

vendredi 7 septembre 2018

le mot, l'espace



on part d'un mot
du mot "mot"
mot

on ouvre
on peut changer la voyelle
ou rajouter une consonne

écrire pour rien n'est qu'écrire

pas de forme
pas de cause
pas de juge
pas de temps

si écrire était méditer
en macrocosme
si c'était juste un tic
un geste répété
en ce flux
une façon
rajoutée

de vivre

avoir le cosmos
tout à la brièveté
d'un mot respiré

chercher la jonction
cette passerelle
entre mot et mot

défier la densité

si écrire est espacer ?

mercredi 5 septembre 2018

la gravité


Les choses tombent. On ne sait les rattraper. 
Elles produisent une série de bruits. Boite en plastique, petite bouteille, morceau de bois, balai espagnol, sac étiolé, œuf frais. Les choses vont vers le bas. Parfois elles s’écrasent. Abricots trop mûrs s’inclinant au pourrissement, fleurs de l’acacia allégrement sur le fer, fientes des êtres volants, poils semés à foison sur les dalles, immuabilité des pluies et courts arrosages du soir. 

Les choses chutent. 
On les regarde faire toute une vie. Elles n’effectuent pas de retour selon le principe de gravité. On ne remonte pas le courant. Quelques exceptions cependant, la fumée, les vapeurs, l’enfant qui se dresse pour marcher, les vents contraires, et certains souffles ou sphères.

Les choses dévalent. 
On ne peut les retenir. La superficie des mains, l’écartement des bras, la volonté folle, le cœur radiant, ne suffisent à fixer les choses. Alors, on les déporte d’un plan à un autre. On essaie d’adopter une horizontalité. On s’endort.

Dans les rêves, les choses lévitent, croissent, vont vers le haut. 
Des images apparaissent, se meurent sans poids. On revient au matin priant de paix. On hésite un tantinet à rentrer dans ce monde. On écoute ce qui vient, les primitifs et les intervalles. Puis, on se lève pour saisir les choses avant qu’elles ne heurtent un sol, le mur, une vitre, les présences.

On fait un pas de côté. 
On construit des horizons pour espérer. 
Un couple de bégonias blancs attend serrés. On oublie que tout est passager, on sort de l’accueil pour cristalliser. On crée des formes, on se persuade qu’elles sont vraies. On a tellement peur que ça foute le camp, que ce qu’on aimait s’annule, nous laisse vacants. On ne sait plus que perdre est naître. On a mal aux sentiments. Les mots ne vont pas vers le soleil, ils peinent à lever leurs pattes. On se regarde dedans. On se dit : « quoi ce n’est plus moi, sous les pelures qui viendra ? ». On est dans l’expectative d’un autre semé. On préférerait l’éclosion à l’explosion. Les harnais sont distendus. On est presque sauvage, sur cette cadence on trottine. Les feuilles grasses des bégonias se touchent, peut-être s’enlacent. On pressent le tour d’une roue ou d’un hula hoop.

On respire dans le mouvement. On fait l’expérience. 
C’est parti. C’est reparti. On ne sait où … On coince une bulle. On pense contrer l’attraction avec l’allure, de courts cheveux, des dents diamantées et de grandes jambes musclées. On s’est persuadé qu’une vie réussie assure un gain d’éternité, l’admiration et l’influence ont de ces attraits ! On s’imagine plus que soi. On nous veut plus que soi. ça dure, on est toujours moins, avec les semblables et les horrifiants. On se réinvente pour fuir le rien. On se confectionne de nombreux costumes, on étale diverses crèmes. Même nu, on se prend pour un conquérant, à tout manger, à tout. On est premier, on est pionnier en son domaine. Quézako, comment se fasse ? La peau craquèle, les muscles plus raides. On vieillit, à quoi ça sert ? Attributions désuètes.

Le peu chemine. 
En retrait, Les silences prennent place contre les choses. On croit comprendre qu’ils étaient là bien avant et en chacun.  On ne sait pas quand. Si le vêtir, si l’apparence n’étaient que revers ? On se trompe de sens. On a mis mardi à jeudi, on se voyait brillant, on était de traviole. A l’intérieur, débutent quelques radiations qui nous retournent comme un gant. On avance à contrario, le dedans en pâture, à tout va.


Les choses glissent, côte à côte.

vendredi 24 août 2018

page 18

Dans les entretiens sur la poésie de Mahmoud Darwich
entre la page 18 et 19 
sur la tranche intérieure
j'ai trouvé
une minuscule chenille
remontant l'espace

ou un vers ?

l'insecte avait de multiples pattes
des antennes
mais à quoi peut bien servir un tel invertébré ?

j'ai d'abord cru à une brindille
un simple souffle
aucun mouvement

la chenille remonte le courant
elle gravit le nouveau

je l'ai glissée vers le tonnerre.


vendredi 17 août 2018

notre clair semé




Ce n'est pas un noir complet
Le corps dense est parti en fumée
Il y avait cette odeur
Une voilure s'est installée
"Notre père qui êtes aux cieux"
Des fumées
"Notre mouru"
La transparence venue
Notre infortune
Une  
"Notre père en cette terre"
Ce qui demeure de la semence
Comme au flou
"Notre père pardi mardi"
Plus rien à faire et c'est tant mieux
Pas saoul le sol
"Notre même à moi et moi à même"
Le clair a tous les os plus longs à bruler
"Notre clair semé"
Ni un gris terne
Plutôt une transparence
Nous, vivants, nous étions dans l'attente
Et chacun y allait de ses mots
Pour finir
L'odeur ne va pas avec la transparence
Laissons les morts aux banquets
Nous vivant en paroles 
Assourdissant nos émotions
"Notre père sans le verbe"
Volutes patientes
Perméables
Ascendantes
Dansant à l'air
De cette terre
Suite à la disparition
Illogique
Comme si le feu
Avait
Allégé
Nos improbables lagunes
Fois
Fut
Et la substance aux nuages remonta
Le clairsonné
Les clavicules
Notre clarté
Même pas vie
Même pas graine
Comme à l'eau
Où l'on voit 
Plus rien à dire et c'est temps pire
Parmi
Pas gaz
Les tendons, la peau, les virgules et Apnées
Quelle affaire ...


vendredi 10 août 2018

poinçon punaise


j'entends battre le coeur

que fait cette fleur ?
aux feux
aux eaux

elle régule 

l'espace